Réunion Inter-réseaux du 27/05/19

CR rédigé par Didier Minot le 30/05/19

L’objectif de cette réunion est de faire le point sur l’évolution du mouvement social et écologique et sur l’utilité du collectif Changer de cap, qui s’est constituée en janvier dernier pour contribuer à la convergence des différents mouvements autour d’un changement de cap, en termes de justice sociale et fiscale, de démocratie renouvelée et de transition écologique et solidaire, libérée de la finance.

Résumé

- La mobilisation s’enracine et se diversifie. Alors que les manifestations du samedi des GJ sont presque partout en recul et que le nombre de ronds-points est en diminution, on constate une multiplication des actions communes sur le terrain. Les mobilisations écologiques restent très fortes. Des démarches d’éducation populaire et des initiatives d’auto-organisation des citoyens se mettent en place, des collectifs citoyens se constituent sur de nombreux territoires pour développer des logiques de rassemblement en vue des municipales et des actions communes.

- Le collectif a donc décidé de lancer un appel à multiplier les collectifs citoyens en niveau local, en associant dans des assemblées citoyennes ouvertes à tous des gilets jaunes, des associations, des représentants des différents partis politiques, pour construire une vision commune, élaborer des démarches de projets partagés et mettre en place des actions et des réflexions communes, en dépassant les cloisonnements et les clivages nationaux.

- Progressivement le collectif s’élargit à de nouveaux membres et à des militants de terrain qui participent aux travaux, même à distance. L’objectif initial - montrer la convergence entre les revendications et les propositions des différents mouvements - reste important, mais l’appui à la convergence des mobilisations sur le terrain devient un objectif central.

- Il est prévu de tenir une réunion tous les 2 mois, et de proposer à un des membres du collectif de rédiger l’éditorial des newsletters. Pour élargir l’audience et la mise en réseau, il est décidé de la diffuser beaucoup plus largement ces newsletters et d’inciter chacun à les rediffuser.

Situation générale

Les résultats des élections européennes vont peser sur l’évolution du mouvement, avec un risque de démobilisation. Certains disent « tout ça pour ça ! ». Certains gilets jaunes espéraient que ces élections allaient suffire à renverser le gouvernement. Un certain nombre ont voté Le Pen pour battre Macron, alors qu’ils sont de gauche et anticapitalistes. Le discours « votez utile pour battre Macron » a favorisé cette récupération, de même que l’éclatement des forces qui pouvaient présenter une réelle alternative.
Cependant, le mouvement ne va pas s’arrêter. La colère et la nécessité sont toujours là, les gilets jaunes ont toujours l’impression d’être dupés, et la détermination d’une majorité d’entre eux est intacte. Les écologistes sont extrêmement mobilisés. Le gouvernement tire argument de son relatif maintien, lié au ralliement massif de l’électorat de droite, pour maintenir le cap et accélérer le rythme des destructions. De nouvelles luttes de survie donc se développer, alimentées par la destruction tous azimuts du tissu économique et des solidarités, au nom des logiques financières.

Des lutte de survie, qui préfigurent les luttes écologiques du futur

Une préfiguration des luttes écologiques de survie du futur. Les jeunes qui manifestent et font la grève pour le climat se battent pour leur survie ou celle de leurs enfants, avec un sentiment d’urgence et de responsabilité face au laissez-faire et à l’irresponsabilité. Les gilets jaunes qui se mobilisent depuis 6 mois se battent également pour leur survie à court terme. De ce point de vue, les combats se rejoignent. Les gilets jaunes constituent un mouvement d’écologie populaire analogue à celui des peuples amérindiens qui mènent des batailles contre la déforestation ou les gaz de schiste. Ces luttes, considérées ici comme des luttes écologiques, sont là-bas des luttes de survie.
Cependant, ces luttes ne convergent pas car les gens réfléchissent de façon étanche. Beaucoup de gens n’ont pas d’antériorité militante, même s’il y a parmi les animateurs des militants de différentes tendances. Un énorme travail de d’information et de mise en débat est nécessaire pour donner à chacun conscience des causes des problèmes et parvenir à une analyse d’ensemble de la situation politique. Tous parlent de changer le système, mais il n’existe pas de pensée précise sur ce qu’il faut faire pour changer de système, sur les chemins de la transition, pour aller vers quoi.
On constate cependant des prises de conscience extrêmement rapides. Certains jeunes accèdent très rapidement à une vision politique de l’écologie, avec une prise de distance par rapport à l’écologie des petits gestes. De même, les gilets jaunes ont rapidement évolué, passant des revendications contre les taxes à une exigence de justice fiscale, puis de démocratie et de changements institutionnels.
L’importance décisive de la fraternité est soulignée par tous les témoignages. Une partie des gilets jaunes, notamment ceux qui étaient réunis à Saint-Nazaire, ont mis en place des démarches d’écoute réciproque, d’ouverture et d’exigence démocratique faisant une place à chacun. Cet esprit de fraternité au quotidien constitue le cœur de la solidarité et des initiatives. En témoigne l’évolution des formes de la mobilisation.

La mobilisation évolue et se diversifie

Les manifestations du samedi sont presque partout en recul, le nombre de ronds-points est en diminution. Mais la mobilisation s’enracine et se diversifie, avec une multiplication des liens entre gilets jaunes, mouvements écologistes, associations et syndicats, même s’il reste encore beaucoup à faire :
Les actions se multiplient contre les fermetures de services publics, la loi Blanquer, les privatisations, en lien avec les syndicats, les élus locaux et les usagers. On peut citer par exemple, des manifestations communes entre gilets jaunes, syndicats et mouvements écologiques contre la privatisation des barrages hydroélectriques (Serre-Ponçon, Bort-les-Orgues), les protestations contre la suppression des TER, les très nombreuses manifestations de stylos rouges. Ces actions ne se limitent pas à la dimension sociale, comme en témoigne la multiplication les Collectifs de coquelicots, le succès des marches pour le climat, etc.
Des initiatives d’auto-organisation des citoyens se développent, face aux situations difficiles vécues par une part croissante de la population, qu’il s’agisse de défense des droits des chômeurs, d’accompagnement face à la numérisation forcée, de covoiturage, etc. Elles prennent parfois la forme de véritables ZAD, comme à Grigny ou sur une parcelle prêtée par la mairie on trouve un four à pain, des constructions, des jardins pour produire des légumes, etc.
Des démarches d’éducation populaire se mettent en place, à travers la poursuite des débats au sein des groupes locaux, des réunions dans les villages, ou l’Atelier des ronds-points à Aubervilliers. Les projections de films font salle pleine, qu’il s’agisse de « J’veux du soleil », de « Fin du moi, début du nous » ou de « Qu’est-ce qu’on attend ? ». Certains groupes (Paris 19ème) ont lancé des pétitions, par ex. contre la privatisation d’aéroports de Paris, qui permettent de discuter avec les gens. Le contact direct et l’image sont essentiels pour le plus grand nombre, plus que la fourniture de documents écrits.
Des collectifs citoyens se constituent sur de nombreux territoires (Chambéry, Mulhouse, Chelles, Commercy, Saint-Nazaire,…) pour développer des logiques de rassemblement en vue de préparer les municipales, établir des liens locaux entre tous les acteurs, mener des actions communes, élargir l’entraide.
La multiplication de ces collectifs paraît très importante pour prolonger les luttes dans la durée, gérer démocratiquement les territoires en donnant une place et un avenir à chacun, là où la technocratie a complètement échoué.

Lancement d’un appel à multiplier les collectifs citoyens

Le collectif a donc décidé de lancer un appel à multiplier les collectifs citoyens au niveau local, en associant des gilets jaunes, des citoyens, des associations, des représentants des différents partis politiques. Il propose de constituer des assemblées citoyennes délibératives, ouvertes à toutes et à tous, pour construire d’une vision commune, élaborer une démarche de projet partagé en réponse aux enjeux du territoire et de la société, mettre en place des actions communes et une entraide au quotidien.
Les prochaines élections municipales constituent une échéance importante car elles permettent aux citoyens de prendre en main leur avenir. En développant les convergences sur le terrain, ces collectifs montrent qu’il est possible au niveau local de dépasser les cloisonnements et les clivages nationaux et de réinventer la fraternité et la bienveillance.
Les collectifs citoyens ont également un rôle important d’éducation populaire, par le dialogue, le débat et l’écoute réciproque. Les citoyens sont demandeurs d’informations pour comprendre, remonter aux causes des problèmes, agir localement en se référant aux enjeux globaux.
Modalités pratiques
Le collectif est d’accord pour lancer cet appel très rapidement, après avoir fait circuler une version corrigée. Celui-ci sollicitera les signataires pour qu’ils fassent circuler cet appel et prennent l’initiative de susciter des rencontres localement. Chaque signataire recevra un mail de confirmation lui proposant de nous informer des initiatives auxquelles il participe.

Évolution du collectif

Où est notre action principale ?

Le collectif s’est créé pour favoriser la convergence de tous les mouvements citoyens. Pour cela, le premier objectif a été de rassembler les propositions des différents mouvements citoyens, pour constituer un observatoire des propositions et des revendications. L’objectif était de montrer la grande convergence entre les revendications et les propositions des différents mouvements, et de fournir des références par rapport au grand débat et aux mesures gouvernementales. Cet objectif reste important, car le débat sur les mesures nécessaires est loin d’être terminé, et il est essentiel de contribuer faire émerger une vision globale.
Mais l’appui à la convergence des mobilisations sur le terrain devient un objectif central. Le collectif souhaite, tout en participant au débat public, faire circuler les informations, aider à la mutualisation des expériences et apporter un appui à ceux qui le souhaitent en termes de méthodes et d’exemples.

Élargissement du collectif, rythme des réunions, modalités de travail

Depuis la dernière réunion, des contacts ont été pris avec un certain nombre de nouveaux réseaux (Planning, Stop Précarité, UNADEL, MRJC) et avec une vingtaine de groupes locaux. Certains sont d’accord pour participer aux réunions du collectif. Par ailleurs, des personnes nouvelles ont rejoint l’équipe d’animation pour y travailler bénévolement. Il est proposé de poursuivre ce travail d’élargissement, en invitant en particulier des animateurs de mobilisations locales à participer aux travaux, même à distance.
Au cours des mois d’avril-mai, l’équipe d’animation a été monopolisée par la mise en route de la newsletter. Il est proposé de revenir à une réunion du collectif tous les 2 mois. Il est proposé de faire, à côté du compte rendu, un relevé de décisions très résumé, qui serait envoyé dans le corps du texte d’un mail, pour permettre à chacun de connaître l’essentiel de ce qui a été dit (voir le résumé ci-dessus).
Il est également envisagé de proposer à un des membres du collectif de rédiger l’éditorial, en fonction du thème retenu et des disponibilités de chacun, et de consulter le collectif sur le thème ou le texte de cet éditorial, en laissant 48 heures pour réagir à ceux qui le peuvent.

Liens avec les gilets jaunes

Des liens ont été établis avec différents groupes de terrain. Deux membres de l’équipe d’animation (Didier et Laurent) ont participé à une réunion de la coordination Île-de-France des gilets jaunes, en présentant le collectif comme un regroupement d’associations citoyennes qui souhaitent développer les liens avec les gilets jaunes pour soutenir leur action. Il semble possible d’envisager la participation du collectif à la plate-forme numérique nationale en cours de mise en place et de participer à l’assemblée des assemblées de Montceau-les-Mines le 29 juin.

Diffusion de la newsletter

Actuellement, newsletter est diffusée à 700 personnes. Elle est ouverte par 250 personnes. Pour les membres du collectif, cette diffusion est trop restreinte. Pour élargir l’audience il est décidé de la diffuser à l’ensemble des contacts du CAC, en demandant aux autres réseaux de rediffuser également le monde de à leurs contacts.

Prochaine newsletter

Pour la prochaine parution, le 5 juin, il pourrait être envisagé de parler des collectifs locaux, ou des nouvelles formes de mobilisation, à partir de l’enquête terrain que nous avons faite.
Olivier propose de parler aussi du modèle de société et d’Europe qu’on est en train de construire. Est-ce qu’on bâtit une Europe des élites, en cercles concentriques, ou est-ce qu’on construit une société ou chacun a sa dignité et à sa place ? Les gilets jaunes ont l’impression de ne faire partie de rien. C’est quelque chose qui peut parler. Il est prêt à faire une vidéo de 90 secondes qui peut donner des idées.

Évolution du site

Olivier dit qu’il a passé un mois et demi très difficile mais que maintenant les choses vont mieux. Nous n’avons pas eu le temps d’aborder concrètement les difficultés du site mais nous avons prévu une réunion spécifique avec Olivier pour en parler.

Participant.es

Participant.es :
Jean-Claude Boual (CAC),
Patrick Farbiaz (auteur du livre « Les gilets jaunes » et GJ du 20ème),
Olivier Picot (CAC, ODASS, GJ de Palaiseau et de l’Essonne),
Nicole Picquart (CAC et Régies de quartier, Aubervilliers),
Colette Spire (Ivry),
Frédérique Dumont (ODASS),
Patrick Gouge (GJ de Montreuil et de Paris 19ème),
Didier Minot (Fondation monde solidaire)